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20 janv. 2008

Le mot de la fin

Ça fait déjà plus d'un mois que j'essaie de réflexioner sur les 9 mois de ma vie que je laisse en Europe. Mais j'ai beau retourner mes idées dans tous les sens possibles, je n'arrive pourtant pas à me faire de sens.

Certes, ce périple m'a éprouvé beaucoup plus que je ne le croyais. J'ai abordé le tout de manière tellement solitaire, tellement isolée, tellement personnelle, que j'ai dû surmonter mes propres pressions et émotions avec beaucoup plus d'aplomb que je ne l'avais prévu. J'ai moi-même placé des barrières dans mon chemin et je me suis encarcanée dans ma grande solitude. De ce fait, mon monologue intérieur incéssant s'est joué dans les échos de ma tête et je n'ai pas toujours perçu l'intérêt d'y inclure d'autres.

À la base, j'ai beaucoup de difficulté à définir les attentes que j'aurais pu avoir au début de mon voyage. De ce fait, certaines de mes frustrations ou déceptions me frappent à l'aveuglette et je n'arrive pas nécessairement à comprendre leur raison d'être. Celles-là, vous devrez me les extirper du nez en jouant subtilement au psychologue d'ici quelques mois. Pour les autres, voici ce que j'en comprend.

Mon séjour a commencé avec un été gris, frisquet et mouillé qui s'est accompagné d'un choc culturel empli d'amertume, de frustrations professionnelles et de tensions personnelles. J'ai beau connaître des français adorables et savoir qu'il ne faut pas généraliser, ma tolérance face aux commentaires arrogants de nature linguistiques et culturelles a atteint sa limite. Mon séjour hollandais a ensuite oscillé entre la réconciliation et la frustration, dépendant de l'attitude des étudiants français que je rencontrais ici. Avec chance, la très grande majorité d'entre eux étaient des choux!

Puis, mon automne s'est ensuivi avec une vie sociale trépidante, mais une énorme déception académique. La principale raison de cet échange était universaire: je venais chercher des connaissances, avec un intérêt prononcé vers l'Union européenne et les médias européens. Mes acquis sont quasi nuls de ce côté là et j'en suis plus que déçue. De plus, les Pays-Bas restent un pays très plat (dans les deux sens) et avoir à refaire ce choix, j'irais fort probablement dans un autre pays pour mon échange: pour la culture, l'éducation, le paysage, les gens et tout le reste.

Finalement, de ces choses qui ne me manqueront pas, je peux citer au niveau public l'omniprésence de la cigarette, du caca de chien dans la rue et du chien lui-même dans les lieux publics. Le temps gris, l'humidité paralysante et le froid glacial au niveau de la température, et l'horrifiant coût de la vie européen au niveau économique. Finalement, l'intolérance aux immigrants de toutes sortes qui se répand de plus en plus en Europe au niveau sécurité.

Voilà pour le bout emmerdant. Pour tout le reste, voyager reste un des moyens les plus rapides de forcer sa petite personne à l'inconfort, à la remise en question et à la découverte personnelle. Si mon voyage au Panama m'avait permis de former ma personnalité, ce voyage ci m'a permis de confirmer le tout. D'où toute sa richesse. Tous ces inconforts et ces frustrations m'ont permis de me recentrer, de m'aligner sur ce que je veux de ma vie. Et j'en suis bien heureuse!

Au niveau personnel, j'ai rencontré des gens splendides et j'ai partagé un bout de leur vie. Au niveau professionel, j'ai eu assez de pratique pour devenir une très bonne oratrice. Et d'un aspect purement ludique, j'ai amplement profité de ce voyage pour aller à la découverte de l'autre continent, alors qu'au total, j'ai passé 2 mois à voyager au cours de ce dernier semestre (preuve que l'école n'était pas très exigeante..). Pleins d'acquis, de souvenirs, de mémoires qui font de ce voyage quelque chose qui en a valu la peine.

Parmi ces choses qui m'ont manquées se trouvent ma guitare, mon lit et ses six oreillers , le cheval blanc et la bonne bière, le macaroni delisle, les bons hotdogs et hamburgers, le saint-hubert, le numéro 43 du viet et les sandwichs au porc vietnamiens à 2.50 dans le quartier chinois et la poutine. Mais malgré cet aspect bouffe de mes manques, la première chose que je vais faire va être de prendre un bain!

Maintenant, j'anticipe bien évidemment le retour. S'il est une chose que j'ai apprise, c'est qu'un voyage d'une telle ampleur ne se résumera jamais en deux phrases. Aussi, à moins que votre intérêt et mon temps concorde idylliquement, demandez moi plutôt si je suis contente d'être revenue. À cette question, je peux donner réponse franche et courte! Le reste des histoires viendront autour d'une bière, devant mon album photo ou tout simplement au cours des prochaines années.

Merci à:
maman, pour sa patience
Greg et Laurence, pour leur support constant
aux MNM, pour avoir été là quand il le fallait
à Pascal, pour ses conseils, son écoute et sa festivité
à marie-christine, pour ses photos quotidiennes
à Jules, pour son cadeau de noël à propos et réconfortant à souhait

19 déc. 2007

Ik spreek niet Nederlands

Je me confesse, après 4 mois aux Pays-Bas, je ne parle aucunement néerlandais. Je n'en suis même pas au stade où je peux dire bonjour, c'est combien, à la prochaine. Je ne parle aucunement cette langue.

D'abord, il y a le fait qu'on peut se débrouiller absolument partout en anglais. Puis, il y a le fait que je n'ai pas suivi de cours de hollandais et que je n'ai donc aucune base avec cette langue bizarre. J'ai beau avoir suivi deux années d'allemand, y reste que c'est deux langues bien différentes. Finalement, je connais - comme dans j'y ai déjà parlé et je peux dire son nom - en tout et pour tout 6 hollandais. 6!

Pour lire et minimalement comprendre, ça va encore. Mais à l'oral... Le Hollandais est fait de mots très gutturalement sec, du fin fond de la gorge. Si vous pensez que les Allemands parlent en faisant des bruits de gorge, vous n'avez rien entendu! Le Dutch lui-même n'est donc pas des plus facile à prononcer: Rijswijkseweg, Van Mussenbroekstraat, Scheveningen.

Donc la manière que j'ai trouvé pour survivre ici est de jouer aux devinettes:
Example 1. Extrait de wikipedia: De gemeente Den Haag maakt deel uit van het kaderwetgebied Haagladen (980.000 inwoners)
Indice: 980 000, ça ressemble à un nombre d'habitant..
Réponse: La Haye et ses environs doit avoir 980 000 habitants!

Example 2. Je n'arrive jamais à me souvenir du mot pour porc (varkensvlees). Pour être sûre de ne pas acheter du veau (kalfsvlees) ou du boeuf (rundvlees), je dois trouver un filet de porc et regarder le nom.

Example 3. Essayant de prendre le Tram, je me retrouve face à l'information suivante:
De tram rijdt in beide richtingen door de Jan van der Heijdenstraat en stopt dan ook weer bij de halten 'Broeksloot', 'Lorentzplein' en 'Oudemansstraat'.
Indice: Les trois derniers mots sont des stations... Est-ce que le Tram y arrête ou pas?
Réponse: attends pis tu verras.

Je crois que marie a été surprise de constater que je ne parle pas néerlandais après tout ce temps passé ici. J'ai effectivement rapidement laissé tombé mon apprentissage de cette langue. J'ai été déçue un moment, puis je me suis souvenue que Jules avait dit après son passage à Amsterdam que certains Hollandais aiment mieux être les seuls à parler leur langue. Ça me fait plaisir de la leur laisser!

2 sept. 2007

Le baptême

En chemin vers Den Haag, je ne réussi bizarrement pas à manger la pourtant apétissante chocolatine que je m'étais achetée à la Gare du Nord. Bizarre. Une fois arrivée à Den Haag, je suis un peu essouflée et mon estomac semble contracté de manière inhabituelle. Déambulant dans l'université pour effectuer mes diverses tâches, la tête me tourne à de nombreuses reprises et je dois m'asseoir. Je prends une grande pause à l'extérieur, je bois un perrier...

Ayant rendez-vous, je me lève et je prends l'ascenceur (je sais que je ne suis pas capable de prendre les marches). J'arrive au troisième, je fais quelques pas... et je panique.

Où sont les toilettes? Je vois le p'tit bonhomme et la p'tite madame habituels avec une flèche. Un corridor plus loin, un deuxième signe et une autre direction, puis un troisième. Putain, elles sont où?

J'ai la main sur la bouche, je respire en sacade et je sais ce qui va arriver...

Le trop plein à saveur de jus d'orange qui ne se plaisait pas dans mon estomac fait office d'eau bénite pour mon premier séjour intra-muros à Den Haagse Hogeschool. Je fais le tout dans le petit racoin séparant ce qui semble être deux bureaux de professeurs (je m'excuse à l'avance messieurs, mesdames professeurs). Je n'ai même pas le temps de me rendre à ces foutues toilettes (elles étaient vraiment loin!) que j'utilise une poubelle, devant 5 ou 6 personnes qui dégustaient, jusqu'à ce moment là, un café...

La vie, c'est parfois dur. Tout mes plans d'épicerie, de lavage et de déambulage sont partis dans la toilette, je me suis roulée en boule, fièvreuse, dans mon nouveau lit, dans ma nouvelle chambre, dans ma nouvelle résidence étudiante, dans mon nouveau quartier, dans ma nouvelle ville... et j'ai dormi.

Welkom in Den Haag!

22 juin 2007

L'arbre est dans ses feuilles

3 mars 2001, Panama City, Panama
Bris technique. Mon avion n'est jamais décollé de Montréal. Merde. Je pars un an en échange, je suis seule, et mon foutu avion ne décollera jamais de Montréal. Je vais voir les agents de bord d'American Airlines et on m'offre de tenter ma chance avec Air Canada. On finit par m'allouer une place en première jusqu'à Newark. Une heure plus tard, en atterissant à Newark, mon transfert vers Panama City a déjà pris le ciel. Re-merde.

J'arrive à Panama le lendemain soir. Dernière arrivée d'un groupe de 23 étudiants, je suis aussi la seule à être (sic) la seule d'un pays: 2 nouvelles-zélandaises, 3 suisses, 4 japonaises, 5 thailandais, 7 australiens, et moi, en retard de 24 heures, seule canadienne. Il est 10 heure pm, je pue, je suis fatiguée et il fait chaud. On m'annonce qu'on attendait mon arrivée pour commencer le Talent Show, la spécialité AFS.
Quoi? Pouvez-vous répéter?
Un talent-show, par pays.
...
Les options qui s'offrent à moi sont les suivantes:
1) Retourner au Canada.
2) Me rouler en boule et refuser de participer. Pleurer peu aider.
3) Participer.

Pour ceux qui me fréquentaient à l'époque, vous connaissez la gêne immense qui habitait mon menu corps. Pour ceux qui ne me connaissaient pas, apprenez que je rougissais avant même que les professeurs ne me posent une question en classe.

Revenons à 2001. Que faire? J'accepte, non sans prendre préalablement une douche, l'option 3. Joues rougies, bégaiement accentué et accent franco-canadien sur le bord de la bouche (on interragit quand même en anglais):
I will... sing a French-canadian song... I think... I'm not sure... So just sing along.
(me souvenant que certains ne parlent pratiquement pas anglais...) Or repeat after me. Or not. Whatever...

(sur une air de chanson très connue) L'arbre est dans ses feuilles Maridon-Maridée, l'arbre est dans ses feuilles Maridon-don-dé.

Cela fut mon premier lancé du javelot, ma brisure de glace, la chute de laquelle je pus me relever. Je découvris sous ce couvert de gêne et de timidité une helene sachant affronter la vie, et les humains la peuplant! Une helene pouvant affronter foules et marées sans béquilles humaine ou morale! Mes amis d'échange ne me croyèrent jamais lorsque je leur expliquais plus tard que j'étais morte de trouille à me présenter seule devant eux ce fameux soir de mars 2001. Et pourtant, avais-je vraiment le choix?

21 juin 2007, Courseulles-sur-Mer, France
C'est la Fête de la musique et nous allons en ville, écouter un peu ce qui s'y fait. Un bon groupe de Blues joue et nous buvons une biére en les écoutant, tappant le rythme du pied avec allégresse. Chaque fin de chanson, alors que nous exclamons notre contentement, nous réalisons que les Français ne sont pas très expressifs. Ils applaudissent quasiment silencieusement et nos bravos semblent les déconcerter.

Le concert se termine et Mélanie-Eve, Katya et moi entonnons quelques chansons à répondre. Nous entamons les premiers couplets que je connais si bien:
(sur une air de chanson très connue) L'arbre est dans ses feuilles Maridon-Maridée, l'arbre est dans ses feuilles Maridon-don-dé.

Le groupe près de nous nous demande de chanter pour eux, intrigués par cette chanson. Cette fois-là, je vous jure que cette chanson représentait beaucoup plus que la gêne d'il y a 6 ans.

Alors que les couplets s'enchaînaient, les souvenirs affluaient et un sourire nostalgique me flottait aux lèvres. Cette fois-ci, j'ai eu le choix et je l'ai relevé avec un plaisir évident!

 

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